​​« Blaise Ndala est un conteur extraordinaire, il écrit d’une main habile, c’est un très grand écrivain à mon sens… »

- Réjean Grenier (Ça parle au Nord, ICI - Radio-Canada)

Sans capote ni kalachnikov

« Ce qu'il fait, Blaise Ndala, dans ce livre, c'est qu'il nous met en pleine face comment on est friands du pauvre petit Africain en train de mourir de faim dans son pays. Il s'en prend vraiment au marketing de la misère. »

- Anne Michaud et Philippe Marcoux (Les matins d'ici, ICI - Radio-Canada) 

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Sans capote ni kalachnikov


Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d'encrier, Montréal, 276 pages, 29,95 CAD). Sortie en librairie : 31 janvier 2017 (Canada). Disponible dans toutes les bonnes librairies de France, de Belgique, du Luxembourg et de Suisse depuis le 10 juillet 2017. 
*L'auteur remercie le Conseil des arts du Canada pour son soutien à cette création.


C’était en 2007, quelque part dans le nord du Tchad, en plein désert. Un groupe d’Européens, des Français, membres de la désormais tristement célèbre association Arche de Zoé, avaient monté une opération visant à exfiltrer du Tchad vers la France pas moins de 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour.


Je les revois encore, menottes aux poignets, en rang d’oignons, arrêtés à l’aéroport d’Abéché, alors que les autorités récupéraient les gamins, tous Tchadiens et pas orphelins pour un sou, habillés comme s’ils sortaient d’un bloc opératoire.


L’affaire connaîtra son épilogue le 14 février 2014, soit sept ans plus tard, avec la condamnation en appel à deux ans d’emprisonnement avec sursis, des deux meneurs de l’opération, un homme et une femme. Qualifications pénales retenues par les juges français, loin des familles tchadiennes menées en bateau par ces nouveaux Don Quichotte de la misère : « escroquerie » et « exercice illicite de l’activité d’intermédiaire à l’adoption ».


Afrique, variations sur le même « t’aime »


Adoption et justice, deux entités qui, pour le meilleur et pour le pire, semblent se toiser en cette année 2007 qui nous en fait voir de toutes les couleurs, surtout quand l’argent - dont on prétend pourtant que de couleur il n’a point -, s’en mêle.


Car 2007 est également l’année où la chanteuse Madonna, de son nom complet Madonna Louise Ciccone, a réussi ce que certains médias ont qualifié d’adoption-spectacle : en l’espace de 72 heures ou un peu plus, la madone qui venait de débarquer au Malawi, pays alors ravagé par le virus du SIDA, repartait vers l’Amérique avec un garçon d’un an, David Banda, adopté en totale défiance des lois malawites qui prévoyaient des délais dont elle devait sans doute s’offusquer. Comme si les juges africains pouvaient ignorer que pour celle que l’on surnomme The Material Girl, le temps, c’était de l’argent. Que l’argent, elle était prête à en laisser dans le pays, pourvu que les autorités la laissent conduire à quai et sans tracas son train-adoption-grande-vitesse.


Deux ans plus tard, à peine quelques semaines avant la sortie de sa compilation Celebration, rebelote ! L’interprète de Beautiful Stranger foule à nouveau le sol malawite avant de repartir quelques jours plus tard avec un autre enfant sous les bras, cette fois une fille de trois ans du nom de Mercy James.


La fiction… pour ne pas faire fi de l'autre réalité


Alors que les voyages-éclair de la « star » font couler des fleuves de salive et des océans d’encre au Nord comme au Sud de l’Équateur, je regarde avec une certaine fascination l’appétit vorace des membres de la galaxie « Jet Set » pour la misère. Une voix à l’intérieur de moi murmure que si la misère ne faisait pas le bonheur, pas une célébrité n’irait au soleil voir si elle y est moins pénible; et si elle n’était pas cotée en bourse, aucun riche n’y investirait sa fortune. Mais à ce jugement péremptoire répond alors une autre voix que je peine à étouffer : ne suis-je pas moi-même un parmi les milliards à constituer cette société de l’image qui, d’une crise à l’autre, participe à la mise à l’abîme de « l’aide aux pauvres » ? Plus clairement, des viols et massacres du Kivu au Congo, aux ravages des séismes aux Gonaïves en Haïti, la danse du ventre de « l’egocharité » aurait-elle eu la cote si nous avions fait de nous-mêmes des hommes et des femmes qui interrogeons la « charité-spectacle » ?


À défaut de répondre avec certitude à ces questions lancinantes, me vient l’idée d’écrire « Sans capote ni kalachnikov ». C’est le roman d’un monde obsédé par la célébrité et aveugle à la marchandisation de la misère. Celle née de la guerre, mais pas seulement. La misère qui se donne à voir loin de nos sociétés d’abondance matérielle où nous nous appauvrissons peut-être sans le savoir, à force de nous laisser engourdir devant le film proposé en continu par les Princesses et les Princes de « l’egocharité ».


Entre les lignes du synopsis


Rwenzori, Afrique des Grands Lacs. Fourmi Rouge et Petit Che traquent les ombres fuyantes du conflit le plus meurtrier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils se sont rebellés contre le dictateur qui a coincé le pays entre une espérance de vie en chute libre et une constipation électorale bien carabinée. Ce qui hante pourtant leur esprit dépasse les aléas du jeu politique. Leur obsession a un nom : Véronique Quesnel, cinéaste attirée par cette république déclarée « centre de gravité de la misère nègre ». Connaîtront-ils le vrai visage de celle qui, de Montréal à Hollywood, draine les foules ? Parviendront-ils à découvrir la vérité et à s’inventer un avenir ?